AFFAIRE LAURENT ZOMAÏ : ENTRE REBONDISSEMENTS JUDICIAIRES ET INTERROGATIONS SUR LA CÉLÉRITÉ DE LA PROCÉDURE

LAURENT ZOMAÏ

Nommé préfet du département du Zou lors du Conseil des ministres du 3 juin 2026, Laurent Dhossou Zomaï a vu son nom s’imposer au cœur de l’actualité nationale en l’espace de quelques jours. Sanctionné quelques semaines plus tôt par l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP), le nouveau préfet désigné a finalement obtenu gain de cause devant la Cour suprême. Une succession d’événements qui soulève aujourd’hui autant de questions qu’elle apporte de réponses.

À l’origine de l’affaire se trouve un marché public relatif à l’acquisition de matériels et mobiliers de bureau au profit du ministère de la Justice. À l’issue de ses investigations, l’ARMP a estimé qu’un document produit dans le cadre de la procédure présentait des irrégularités. Le 16 avril 2026, l’institution prononce alors une sanction particulièrement lourde : Laurent Zomaï est exclu de la commande publique pour une durée de cinq ans tandis que son entreprise, Zom-Espace, écope d’une exclusion de deux ans.

À ce stade, l’affaire demeure essentiellement administrative. Elle suscite peu de débats au sein de l’opinion publique et semble suivre son cours normal.

Mais le dossier prend une toute autre dimension lorsque le gouvernement annonce, le 3 juin, la nomination de Laurent Zomaï à la tête du département du Zou. Cette décision remet immédiatement sous les projecteurs une sanction qui paraissait jusque-là réglée.

Quelques heures seulement après cette nomination, les interrogations se multiplient. Comment une personnalité frappée d’une telle sanction a-t-elle pu être choisie pour occuper une fonction aussi stratégique ? Les autorités disposaient-elles d’éléments permettant de relativiser la portée de la décision de l’ARMP ? Ou considéraient-elles simplement que cette sanction ne constituait pas un obstacle à l’exercice des fonctions préfectorales ?

Le report de la cérémonie de passation de charges contribue davantage à alimenter les spéculations. L’affaire cesse alors d’être un simple contentieux administratif pour devenir un sujet de débat public.

Face à cette situation, Laurent Zomaï saisit la Cour suprême afin d’obtenir la suspension puis l’annulation de la décision prise contre lui. Le premier rebondissement intervient le 6 juin lorsque la haute juridiction ordonne un sursis à exécution de la sanction. Deux jours plus tard, le 8 juin, elle annule définitivement la décision de l’ARMP.

Cette rapidité constitue aujourd’hui l’un des principaux points de discussion autour de l’affaire.

Pour certains observateurs, cette célérité peut s’expliquer par l’urgence créée par la nomination d’un préfet. Dans cette lecture, la Cour suprême aurait simplement cherché à éviter qu’une situation administrative complexe ne s’installe à la tête du département du Zou.

D’autres estiment toutefois que le calendrier interpelle. Entre la nomination du nouveau préfet et l’annulation de la sanction, quelques jours seulement se sont écoulés. Cette proximité temporelle nourrit naturellement les interrogations sur l’influence que le contexte politique a pu exercer sur le traitement du dossier.

Aucune preuve ne permet cependant d’affirmer l’existence d’une quelconque intervention extérieure dans le processus judiciaire.

Au-delà de la rapidité de la décision, un autre élément mérite attention. Selon les informations disponibles, la Cour suprême n’aurait pas fondé sa décision sur l’innocence ou la culpabilité de Laurent Zomaï. Elle aurait plutôt constaté une irrégularité procédurale dans la manière dont l’ARMP a conduit son action, notamment en ce qui concerne les délais de saisine prévus par les textes.

Cette nuance est essentielle. L’annulation de la sanction ne signifie pas nécessairement que les faits reprochés n’ont jamais existé. Elle signifie avant tout que la procédure ayant conduit à la sanction n’était pas conforme aux exigences légales.

L’affaire Laurent Zomaï met ainsi en lumière plusieurs questions importantes pour la gouvernance publique. Elle interroge d’abord sur le fonctionnement des mécanismes de contrôle des marchés publics. Elle pose ensuite la question de la coordination entre les décisions administratives et les nominations politiques. Enfin, elle rappelle l’importance du respect scrupuleux des procédures dans un État de droit.

Une chose est certaine : en quelques jours, ce dossier est devenu l’un des sujets les plus commentés de la sphère politico-administrative béninoise. Et si la décision de la Cour suprême semble avoir clos le volet judiciaire, le débat sur ses implications institutionnelles, lui, reste ouvert.

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