À l’approche de la fin théorique de son mandat présidentiel le 2 avril prochain, l’ex-président nigérien Mohamed Bazoum est au cœur d’une offensive diplomatique européenne. Jeudi 12 mars 2026, les eurodéputés ont adopté une résolution d’urgence exigeant sa libération immédiate.
Réunis en séance plénière, les députés européens ont envoyé un signal fort à la junte de Niamey. Par 524 voix pour, la résolution condamne fermement la « détention arbitraire » de celui qui fut le visage de la démocratie nigérienne avant le coup d’État du 26 juillet 2023.
L’urgence de cette résolution, portée notamment par le groupe Parti populaire européen (PPE), s’explique par le calendrier politique. Élu en 2021, Mohamed Bazoum devrait normalement voir son mandat s’achever au début du mois d’avril. Pour l’eurodéputé français Christophe Gomart, initiateur du texte, le symbole est crucial :
« Ne pas obtenir sa libération avant cette date constituerait un échec grave. »
Depuis plus de deux ans, Mohamed Bazoum est séquestré avec son épouse dans une aile du palais présidentiel. Les informations sur son état de santé et ses conditions de vie sont rares et alarmantes : absence d’accès à un avocat, visites familiales proscrites et soins médicaux limités.
Un « allié clé » dans l’impasse
Au-delà de la question humanitaire, le Parlement européen a tenu à rappeler le rôle stratégique de Mohamed Bazoum avant sa chute. Qualifié de « principal partenaire des forces européennes au Sahel », il était un maillon essentiel de :
La lutte contre le terrorisme islamiste.
Le contrôle des flux migratoires et du trafic d’êtres humains.
La stabilité régionale face à la prolifération des groupes armés.
« Nous ne pouvons rester plus longtemps silencieux alors qu’un allié clé de l’Europe est emprisonné », a martelé Christophe Gomart.
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Un dialogue de sourds avec Niamey
Malgré cette pression internationale, le régime dirigé par le général Abdourahamane Tiani reste inflexible. La junte, qui a récemment prolongé la période de transition de cinq ans supplémentaires (jusqu’en 2030), maintient ses accusations de « haute trahison » contre le président déchu. Pour rappel, la justice nigérienne a levé l’immunité de Mohamed Bazoum en 2024, ouvrant la voie à un procès où il risque la peine de mort.
Si cette résolution européenne n’est pas contraignante juridiquement, elle marque une volonté de l’Union Européenne de ne pas normaliser ses relations avec un pouvoir militaire qui semble s’installer durablement au Sahel, alors que l’insécurité jihadiste, elle, ne faiblit pas dans la région.

