Présidentielle 2026 : Romuald Wadagni, un dauphin compétent mais politiquement fragile ?

Après plusieurs jours de consultations au sein de la mouvance présidentielle, le verdict est tombé : Romuald Wadagni, actuel ministre d’État en charge de l’Économie, des Finances et de la Coopération, a été désigné comme dauphin du président Patrice Talon pour l’élection présidentielle de 2026. Un choix stratégique, porteur d’un message politique fort, mais qui soulève un défi crucial : la capacité de l’homme des chiffres à se rapprocher du peuple, notamment de sa commune natale et plus largement le département du Mono.

Romuald Wadagni, le technocrate devenu homme d’État

Originaire de Lokossa, dans le Mono, Romuald Wadagni, 49 ans, a bâti sa carrière dans le secteur privé avant d’entrer en politique. Ancien cadre de Deloitte en France, aux États-Unis et en Afrique, il a cumulé 17 ans d’expérience internationale avant son entrée surprise dans le gouvernement Talon en 2016. Comptable agréé en France et Certified Public Accountant aux États-Unis, il s’est rapidement distingué par l’assainissement des finances publiques et une gestion rigoureuse du budget.

Son passage à la tête de l’économie béninoise a été salué à l’échelle internationale. On lui doit notamment la levée historique de 260 millions d’euros sur les marchés internationaux, une première en Afrique de l’Ouest. Devenu ministre d’État lors du second mandat de Patrice Talon, il supervise aujourd’hui des institutions stratégiques telles que l’INSAE et la DGFD, et représente le Bénin dans des instances financières de premier plan comme la BAD, la BID et la Banque mondiale.

Un profil solide, mais un déficit politique

Si la technicité et la rigueur de Wadagni sont reconnues, son véritable défi reste politique : convaincre qu’il peut incarner un leadership proche des citoyens. Emploi, pouvoir d’achat, cohésion sociale, lutte contre les inégalités : autant de dossiers où la compétence technocratique ne suffit pas. Il devra désormais prouver qu’il n’est pas seulement « l’homme des chiffres », mais aussi un homme de terrain capable d’écouter et de dialoguer avec le peuple.

En effet, durant ses neuf années aux côtés de Talon, Wadagni s’est illustré comme technocrate mais pas comme homme politique. Nommé pour sa compétence, il s’est tenu à distance des jeunes et des militants, contrairement à d’autres figures comme l’ex-ministre Oswald Homeky, tombé en disgrâce après l’affaire dite du coup d’État. Même au sein de son parti, l’UPR, Wadagni a rarement pris part aux activités politiques. Son regretté père, Nestor Wadagni, a longtemps assuré son ancrage local dans le Mono, mais depuis sa disparition, son fils s’est fait très rare dans la 18ᵉ circonscription.

Aujourd’hui, que cette bataille discrète menée par son père porte ses fruits, il revient à Romuald Wadagni de rétablir ce lien, d’assumer sa part politique et, sans doute, de tendre la main à une jeunesse qui l’a souvent perçu comme distant.

Patrice Talon et l’enjeu de la succession

En adoubant Wadagni, Patrice Talon envoie un double signal. D’une part, il confirme son intention de se retirer après deux mandats, respectant ainsi la limitation constitutionnelle. D’autre part, il démontre sa volonté d’assurer une continuité politique et économique, en choisissant un successeur rassurant pour les investisseurs et les partenaires du Bénin.

Ce passage de témoin, inédit depuis le renouveau démocratique de 1990, illustre une stratégie réfléchie : préparer une succession sans heurts et protéger les acquis des réformes.

Un candidat sérieux face à une opposition en quête de repères

Face à une opposition encore divisée et en quête d’une figure fédératrice, Romuald Wadagni s’impose déjà comme un candidat sérieux, voire favori. Son profil rassure les milieux économiques, son expérience inspire confiance, et le soutien unanime de la mouvance lui confère une assise politique incontestable. Mais la véritable épreuve viendra de la campagne électorale : saura-t-il transformer son image de technocrate en celle d’un leader populaire, proche des réalités quotidiennes des Béninois ?

Le choix de Romuald Wadagni comme dauphin de Patrice Talon constitue un tournant majeur pour la scène politique béninoise. Si le pari de la mouvance est celui de la continuité et de la stabilité, l’enjeu pour Wadagni est d’incarner une nouvelle dimension : celle d’un homme de peuple. L’histoire retiendra sans doute que cette désignation marque la maturité du système politique béninois, mais ouvre aussi une question centrale : comment un technocrate reconnu peut-il se réinventer en leader politique populaire ? Wait and see.

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